À l’aube du choc décisif du Groupe J entre l’Algérie et l’Autriche au Mondial 2026, la rédaction d’AfricaFoot s’est offert un saut dans le temps unique. Quarante-four ans après le tristement célèbre « match de la honte » de Gijón lors du Mondial 1982 — où l’arrangement germano-autrichien ($1-0$) avait éliminé les Verts —, six légendes de cette épopée historique croisent le fer par récits interposés.
Entre cicatrices jamais refermées, regrets tactiques et projections sur la génération menée par Riyad Mahrez, Ali Fergani, Salah Assad, Chaâbane Merzekane, Nourredine Kourichi, Mahmoud Guendouz et Tedj Bensaoula refont le match.
1. Le souvenir de Gijón : Entre tricherie et valeurs bafouées
Pour la plupart des acteurs de 1982, le temps a apaisé la colère, mais pas l’injustice. Nourredine Kourichi, qui a vécu le match depuis les tribunes de Gijón aux côtés de Mustapha Dahleb, se rappelle l’atmosphère surréaliste après le but allemand à la 8e minute : « Les Autrichiens sont restés derrière, et les Allemands ont fait de même… Nos supporters brûlaient des billets, et les supporters autrichiens et allemands, scandalisés, brûlaient leurs propres drapeaux. »
Salah Assad, de son côté, estime que ce match est resté gravé car il a bafoué l’essence même du sport : « Se battre pour être le premier, c’est ça l’essence du sport. Et ce match-là en est à des années-lumière. » Il rappelle d’ailleurs avoir demandé, des années plus tard, une réhabilitation symbolique à la FIFA, à l’image du sprinteur Ben Johnson déchu de sa médaille pour tricherie aux JO de Séoul. Une demande restée lettre morte face au poids politique des deux nations européennes.
Chaâbane Merzekane avance même une théorie ironique sur les coulisses de l’époque : « On était habillés par Sonitex [entreprise publique algérienne], et eux par Adidas et Puma… Ça dérangeait un petit peu les hautes sphères de la FIFA. »
2. L’autocritique : « Nous avons fait des erreurs de débutants »
Loin de se réfugier uniquement derrière le complot, les anciens Fennecs assument leurs propres manquements lors de ce premier tour, notamment la défaite subie contre l’Autriche ($2-0$) et le relâchement face au Chili ($3-2$ après avoir mené $3-0$ à la mi-temps).
- Le piège autrichien : Tedj Bensaoula analyse avec précision la faille tactique face aux Autrichiens. « Ils ont notamment vu que sur le côté droit, Chaabane Merzekane faisait souvent des chevauchées et laissait des espaces derrière lui. Les deux buts sont venus de ce flanc. Notre staff aurait dû lui demander de rester en place. »
- L’excès de confiance : Pour Ali Fergani et Salah Assad, l’exploit initial face à la RFA ($2-1$) a laissé des traces physiques et mentales. L’équipe, fatiguée et installée sur son petit nuage, a manqué de fraîcheur et de lucidité face à une Autriche qui l’a grandement respectée et étudiée.
3. Le mot « Revanche » : Un piège pour la génération 2026 ?
Faut-il utiliser l’histoire pour motiver les troupes de Vladimir Petković ? Les avis divergent au sein de la table ronde, mais la prudence domine.
- Le refus catégorique de la haine : Mahmoud Guendouz se montre le plus virulent contre l’utilisation du terme « vengeance ». « Le football n’est pas la guerre… Demander à nos joueurs, qui évoluent aujourd’hui au plus haut niveau européen, de jouer pour la vengeance, c’est un cadeau empoisonné qu’on leur fait. » Un avis partagé par Merzekane, qui rappelle que les joueurs actuels n’étaient même pas nés.
- Le levier psychologique : À l’inverse, Ali Fergani et Tedj Bensaoula pensent que ce parallèle historique est inévitable et peut servir de moteur pour titiller l’orgueil et la fierté des Verts.
4. Objectif Mondial 2026 : Viser aussi haut que le Maroc
Interrogés sur le potentiel de la sélection actuelle, qualifiée de « véritable clin d’œil du destin » par Kourichi (l’Argentine rappelant la RFA et la Jordanie rappelant le Chili), les anciens voient très grand.
Pour Mahmoud Guendouz, l’Algérie ne doit plus se satisfaire de passer les poules :
« Avec l’effectif actuel, un quart de finale ne serait pas un exploit. Nous avons des joueurs formés au plus haut niveau, qui évoluent à Manchester City, à Dortmund, à Marseille… Nos voisins marocains sont bien allés en demi-finale de la Coupe du Monde ! Nous sommes l’Algérie, l’objectif doit être d’aller le plus loin possible. »








