L’entretien exclusif accordé par Kader Ferhaoui à AfricaFoot apporte un regard d’expert, teinté d’expérience et de franchise, sur le parcours des Fennecs dans ce Mondial 2026. L’ancien milieu offensif des années 90 livre ses vérités, règle ses comptes avec l’histoire et trace la feuille de route avant le choc décisif.
Voici la synthèse des déclarations fortes et des enseignements de cette interview.
Le match de l’Autriche : Interdiction absolue de calculer
À l’approche de la « finale » du Groupe J prévue le 27 juin, certaines rumeurs évoquaient la tentation de viser un match nul ou une défaite pour accrocher une troisième place théoriquement plus clémente (afin d’éviter un ogre comme l’Espagne). La réponse de Ferhaoui est catégorique :
« Surtout pas ! Il faut gagner, il ne faut faire aucun calcul. En Coupe du monde, on ne calcule pas. C’est le meilleur moyen d’aller dans le mur. L’objectif est de finir dans les deux premiers et de prendre ce qu’il y a à prendre pour les seizièmes de finale, point barre. »
L’ancien international balaie également d’un revers de main l’idée d’un esprit de revanche lié au « match de la honte » de 1982 contre cette même Autriche, rappelant qu’il faut regarder vers l’avenir. Prenant l’exemple de l’épopée du Maroc au Qatar, il exhorte les joueurs de Vladimir Petković à aborder ce match avec optimisme et intensité.
L’analyse des deux premières journées
Le faux départ contre l’Argentine (0-3) : Ferhaoui estime que les Verts ont péché par un excès de respect envers les champions du monde en titre et Lionel Messi. En restant spectateurs face à une telle opposition, la sanction a été immédiate.
La révolte face à la Jordanie (2-1) : Dos au mur à la mi-temps, les joueurs ont su évacuer la peur de mal faire pour afficher leur véritable potentiel technique et une débauche d’énergie salvatrice.
La gestion de Riyad Mahrez : Commençant sur le banc lors du premier match avant d’être décisif lors du second, le capitaine est défendu par l’ancien Fennec. Selon lui, sa mise sur le banc initiale relevait d’une gestion physique et humaine intelligente de la part du staff plutôt que d’une sanction.
« La seule certitude, c’est que Mahrez est un très grand joueur. S’il maintient le niveau de jeu et l’implication qu’il a eus contre la Jordanie, on pourra parler d’un vrai retour en force. Si l’entraîneur l’a laissé sur le banc au premier match, c’est sans doute une gestion physique et humaine.
Il ne se sentait peut-être pas prêt à 100%, et une semaine de travail supplémentaire a fait la différence. Ce n’est pas un choix pour le punir, c’est une gestion de groupe pour qu’il soit opérationnel lors des matchs décisifs. »
Le cas Luca Zidane : Pour Ferhaoui, le gardien de Grenade a largement prouvé qu’il jouait sur sa propre valeur. Il a su dépasser la pression de son nom de famille pour se faire un prénom, se montrant à la hauteur des exigences internationales.
« Non, je pense qu’il est largement passé au-dessus de ça. C’était peut-être vrai au tout début de sa carrière, car il était obligé de travailler deux fois plus dur pour se faire un prénom. Mais aujourd’hui, ce n’est plus « Zidane », c’est Luca. Il a fait ses preuves. »
Le coup de gueule : La mise au point historique
Kader Ferhaoui a profité de cette tribune pour démentir avec force les accusations d’un ancien dirigeant de la fédération l’accusant d’avoir refusé de porter le maillot national dans les années 90 :
Un mensonge inacceptable : Ferhaoui affirme n’avoir jamais tourné le dos au drapeau.
L’absence d’assurances à la CAN 1990 : Il clarifie qu’il a décliné une seule convocation, pour la CAN 1990, car la FAF ne proposait aucune couverture médicale ou financière en cas de blessure grave pour les joueurs professionnels évoluant en Europe.
Le devoir de protection : Citant les exemples dramatiques de joueurs comme Mansouri, Maroc, Belbey ou Harchèche — blessés en sélection et abandonnés par les instances —, il rappelle qu’il s’agissait de protéger son outil de travail et sa carrière, dénonçant le révisionnisme de certains consultants télévisuels.
Le constat sur le football local
Ayant postulé sans succès pour entraîner dans le championnat algérien, Ferhaoui regrette la tendance des clubs à privilégier les techniciens locaux par simple facilité géographique. Il pointe surtout du doigt le déficit structurel de l’Algérie : à l’exception notable du Paradou AC, le manque criant d’écoles de formation condamne le pays à dépendre quasi exclusivement des binationaux pour alimenter la sélection.








