Ancien défenseur central de l’équipe nationale, champion d’Afrique en 1990 et international algérien à 60 reprises entre 1989 et 1998, Tarek Lazizi connaît parfaitement les exigences du très haut niveau. Au moment d’analyser la victoire de l’Algérie face aux Pays-Bas, l’ancien joueur refuse donc de s’arrêter au simple résultat. Le succès est prestigieux, précieux pour la confiance, mais il ne doit pas masquer certaines fragilités, notamment dans le secteur défensif.
Pour Lazizi, les Verts ont montré un visage plus intéressant après la pause, mais ils ont aussi laissé apparaître des espaces trop importants, un manque de couverture et une charnière encore loin des standards internationaux.
À l’approche de la Coupe du monde et d’un premier choc face à l’Argentine, championne du monde en titre, son constat se veut lucide, sévère par moments, mais jamais gratuit. Lors d’une interview exclusive accordée à Africafoot, l’ancien international tire la sonnette d’alarme, tout en rappelant que cette équipe d’Algérie possède encore des arguments pour réussir son tournoi.
Qu’avez-vous pensé de la prestation de l’Algérie contre les Pays-Bas ?
C’était un bon test pour notre équipe nationale. En deuxième période, on a vu un meilleur visage. La première mi-temps, en revanche, a été beaucoup plus compliquée. Les joueurs sont passés à côté dans plusieurs domaines. Avec les changements, l’équipe a retrouvé de l’allant et a livré une prestation plus convaincante. Dans l’ensemble, cela reste une bonne préparation avant la Coupe du monde.
En tant qu’ancien défenseur central, quel regard portez-vous sur la charnière algérienne ?
Sincèrement, je l’ai trouvée un peu naïve. Il y avait un vrai manque d’expérience et de cohésion entre les centraux et les latéraux, surtout en première période. La couverture n’était pas bonne. Il faut aussi rappeler que les quatre défenseurs étaient alignés ensemble pour la première fois. Cela s’est vu dans le rythme, les automatismes et la gestion des déplacements. Si l’Algérie n’a pas encaissé, c’est surtout parce que les Néerlandais ont manqué d’efficacité. En première période, ils auraient pu inscrire trois ou quatre buts.
Vous avez donc trouvé cette défense fragile ?
Oui, et je vais même être plus direct : avec cette défense-là, c’est difficile d’aller loin en Coupe du monde. Face à de grandes équipes, ce genre d’erreurs se paie cash. On ne pourra pas toujours compter sur la réussite ou sur les maladresses adverses. Les Pays-Bas, en plus, n’ont pas donné l’impression d’appuyer totalement sur l’accélérateur. Leur défaite ne les a d’ailleurs pas vraiment secoués.
On dit souvent qu’une défense en difficulté, c’est aussi le reflet d’un collectif qui protège mal. Vous partagez cette idée ?
Bien sûr. Défendre, c’est le travail de toute l’équipe. Les attaquants aussi doivent se replacer, fermer les angles, être présents sur les deuxièmes ballons et réduire les espaces. Mais justement, face aux Pays-Bas, on a vu trop d’espaces. À chaque accélération, les Néerlandais arrivaient vite aux abords de notre surface, parfois même en position de marquer. Cela montre qu’il y avait un problème collectif, pas seulement individuel.
Cette victoire peut-elle être trompeuse ?
Oui, c’est ce qui m’inquiète un peu. J’ai peur que ce succès donne une fausse lecture du match. On a gagné, c’est vrai, et c’est excellent pour la confiance. Mais il faut garder les pieds sur terre. L’Argentine, ce sera un tout autre niveau. Les Argentins jouent plus juste, avec davantage de maîtrise et de sécurité. Le rythme sera plus élevé. Et surtout, ce sont les champions du monde. Ils ne referont pas l’erreur de 2022, lorsqu’ils avaient perdu leur premier match contre l’Arabie saoudite.
Achraf Abada a été utilisé comme latéral droit, alors qu’il est plutôt axial. Est-ce qu’on ne l’a pas mis dans les meilleures conditions ?
Même dans l’axe, je le trouve limité. Pour moi, ce n’est pas un joueur d’équipe nationale. C’est un joueur de club. Il a beaucoup de générosité, il met de l’énergie, il ne triche pas dans l’effort, mais il ne joue pas toujours avec assez d’intelligence. Face à des attaquants expérimentés, il risque d’être en difficulté. Contre les Pays-Bas, il a commis beaucoup d’erreurs et il a flirté avec le carton rouge.
À ce niveau, ça ne pardonne pas. Il peut exister au niveau national ou régional, mais le niveau mondial, c’est autre chose. D’ailleurs, l’entrée de Rafik Belghali a apporté plus de sécurité. Après son remplacement, le danger a nettement diminué sur le côté droit.
Zinedine Belaïd est souvent associé à une certaine solidité défensive. L’Algérie encaisse peu quand il est titulaire. Doit-il commencer au Mondial ?
Non, je ne pense pas. Le fait que l’Algérie n’ait pas encaissé avec lui ne veut pas tout dire. Il faut regarder le contenu, pas seulement le score. Contre les Pays-Bas, on a concédé beaucoup d’occasions. Les Néerlandais se sont retrouvés tout près de notre but à plusieurs reprises. Qu’il sauve une action ne doit pas masquer le reste. Face aux Pays-Bas, Luca Zidane a compensé beaucoup de manques. Il n’y avait pas assez de couverture. Belaïd aussi me semble limité. Contre un attaquant expérimenté, il peut souffrir. Il manque également d’agressivité défensive.
Avec quelle défense l’Algérie doit-elle débuter contre l’Argentine ?
Il faut remettre Ramy Bensebaini et Aïssa Mandi. Ce sont des joueurs d’expérience, habitués au très haut niveau depuis des années. Ils donnent plus de garanties. Les autres, que ce soit Abada, Belaïd ou Tougaï, ne me rassurent pas suffisamment pour un match de cette dimension. Avec Bensebaini et Mandi, on a plus de repères, plus de vécu, plus de certitudes.
Malgré ces réserves, restez-vous optimiste pour la Coupe du monde ?
Oui, parce que le football n’est pas une science exacte. L’Algérie peut très bien battre l’Argentine. On a les moyens d’aller loin. On possède des joueurs d’expérience, qui évoluent au plus haut niveau. Tout est possible. Je ne vois pas pourquoi on devrait redouter la Jordanie ou l’Autriche.
Si on commence à avoir peur de la Jordanie, ce n’est pas normal. On ne va pas dire que l’Algérie va battre l’Argentine à coup sûr, mais prendre cinq points dans ce groupe est totalement à notre portée.







